Pentes sans fin

par Hélène Marcy et Patrice Brunet le 20/04/2012

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Dans Les Échos du 16 avril :

La semaine dernière a été difficile pour beaucoup de monde en Bourse, désastreuse pour certains.

Les cours des trois valeurs de télécommunications du CAC 40 – Bouygues, France Télécom et Vivendi -ont dévissé encore plus fort que l’indice. Chacune a touché à plusieurs reprises un plus bas niveau sur les huit ou neuf dernières années. La chute qui les précipite depuis début janvier dans les profondeurs du classement s’est accélérée : pour un CAC qui reste dans le vert en 2012, Bouygues a perdu 13 %, France Télécom 16,7 %, Vivendi 25 %. A eux trois, les concurrents de Iliad-Free ont vu leur capitalisation fondre en un an de 27,5 milliards d’euros ! Le lancement de son offre mobile à prix cassés par Iliad est bien sûr la cause instantanée de cette destruction de valeur. Mais les pentes descendantes sur lesquelles glissent les trois groupes remontent très en arrière, à 2007 en l’occurrence : depuis, ils ont perdu 60 % pour France Télécom et Vivendi, 67 % pour Bouygues.

Gérant actions chez Delubac, Gérard Moulin fait de ces glissades une lecture générale : même devenus très faibles, les ratios de valorisation de certaines sociétés ne protègent pas de nouvelles sous-performances qui deviennent structurelles. Selon lui, c’est faute de barrières à l’entrée suffisantes pour protéger parts de marché, prix et marges face à des acteurs plus agiles et innovants, que les groupes les plus puissants et au profil en apparence le plus sécurisant – ne servent-ils pas souvent de généreux dividendes -se banalisent. En attendant que les trois acteurs sous pression trouvent les ripostes appropriées, la débâcle boursière des télécoms ne fait pas les affaires de l’ensemble du CAC 40. Même érodé depuis cinq ans, leur poids cumulé dans l’indice reste élevé (6,3 %), en deçà des banques (7,8 %), mais deux fois plus que l’automobile ou l’aéronautique, autant de secteurs dont les parcours agités sont souvent commentés. C’est sans conteste aux télécommunications que l’indice vedette doit d’afficher cette année la pire performance comparée à ceux qui suivent les petites et moyennes capitalisations.

Les mots en gras sont soulignés par nos soins : il semble tout de même extraordinaire que « les marchés », parangons de la concurrence à tout crin, puissent se plaindre d’une régulation insuffisamment protectrice, qui du coup déprécie les actifs des entreprises a priori les plus solides !

A qui donc au final sert cette idéologie de la concurrence effrénée, si elle détruit les emplois ET les capitalisations boursières ? Au consommateur, on nous le serine tous les jours. Mais quand nous serons tous chômeurs, sans même pouvoir « nous refaire » à la Bourse, qui pourra encore consommer ?

Que nos régulateurs cessent donc de ne défendre que la concurrence, et qu’ils regardent, un peu plus loin  que le bout de leur nez, les dégâts collatéraux qu’elle occasionne !

3 commentaires pour “Pentes sans fin

  1. Vincent a dit :

    Bonjour,
    je cherche mais ne trouve pas les dates des prochaines périodes d’arbitrage. Si vous avez cette information, je vous serai reconnaissant.
    Cordialement

    • Hélène Marcy et Sébastien Crozier a dit :

      Bonjour,
      France Télécom les décide toujours dans son coin avec Amundi/Creelia, et ne prévient les personnels et leurs représentants qu’une fois la période ouverte. Nous n’avons malheureusement pas de visibilité sur les calendriers, malgré nos demandes répétées, que nous allons réitérer.

  2. Vincent a dit :

    Noté. Merci pour votre réponse rapide.